C'est le 27 avril 2007 que les Lanciers de Heigne organisèrent une sortie dans Jumet afin de célébrer les 140 ans d'existence de la société. Plusieurs délégations d'autres sociétés madeleineuses étaient présentes. La société fut notamment reçue par l'échevine de la culture de la ville de Charleroi Françoise Daspremont en la maison communale annexe de Jumet. Voici une reproduction du discours prononcé par Mme Daspremont :

"Je suis particulièrement heureuse de vous accueillir toutes et tous à l’occasion du 140ème anniversaire que la Société Royale Les Lanciers de Heigne du Tour de la Madeleine fête cette année.
Bienvenue donc à toutes et tous dans notre Maison communale annexe de Jumet dont les murs sont depuis longtemps les témoins d’une vie associative que les Jumétoises et Jumétois aiment partager dans de grands moments de convivialité tels que d’aujourd’hui.
A ce titre-là, les Lanciers de Heigne ont souhaité associer à l’anniversaire qu’ils fêtent leur famille d’abord, mais également leurs anciens membres et membres d’honneur.
Merci en leur nom d’avoir répondu à leur invitation et à celle que notre Ville vous a adressée en vos titres et qualités.
Merci enfin aux Autorités de notre Ville présentes aujourd’hui : le bourgmestre Léon Casaert et l’échevin des fêtes Philippe Van Cauwenberghe.
En 2004, 2005 et 2006, la Madeleine a eu le privilège de fêter trois de ses sociétés devenues centenaires. Toutes les trois ont vu le jour au début du XXe siècle lorsque l’industrie du verre était en plein essor à Jumet.
Aujourd’hui, nous remontons encore le temps avec le 140ème anniversaire des Lanciers de Heigne qui, noblesse oblige, forment une des sociétés hautement symbolique du patrimoine de la Madeleine.
Il n’existe aucun écrit sur la formation d’un escadron de lanciers dans les rangs de la Madeleine. On sait par contre que la société a été fondée au Spinoy, que ses fondateurs étaient au nombre de trois et que le drapeau d’origine porte l’inscription « Société de Sainte-Marie-Madeleine – 1867 ».
Ces quelques éléments permettent néanmoins d’expliquer les circonstances qui ont amené la présence de lanciers dans le Tour de la Madeleine.
A l’époque, la Madeleine comptait peu de sociétés militaires entre lesquelles étaient intercalés quelques corps de musique indépendants des groupes eux-mêmes. L’organisation du Tour était différente de celle d’aujourd’hui; les Vieux Mameluks en assuraient le commandement puisque l’Etat-Major n’existait pas. Il est fort probable que ladite organisation ou les groupes eux-mêmes voulurent un drapeau symbole de l’ensemble des sociétés de la Madeleine.
L’emblème fut appelé « Drapeau de la Société de Sainte-Marie-Madeleine » et porte la date de sa création: 1867.
Sa garde échut à trois hommes d’escorte qui prirent un uniforme de lanciers jamais porté jusqu’alors à la Madeleine. Parmi ces trois hommes, deux des frères Tricot dont Michel, l’aîné des cinq fils. La famille Tricot possédait une manufacture de tabac aux numéros actuels 2, 4, 6 et 8 de la rue qui porte son nom au Spinoy.
Le port de l’uniforme des lanciers n’est par contre pas le fruit d’un pur hasard. L’actualité de l’époque a très certainement influencé le choix de cette tenue. Un Arrêté royal du 1er janvier 1863 porte le nombre de régiments de lanciers de deux à quatre; les 1er et 2e Régiment de Cuirassiers changent de dénomination et deviennent respectivement les 3e et 4e Lanciers. Un second Arrêté royal du 10 février de la même année change les tenues de la cavalerie belge. Chez les lanciers; le dolman bleu remplace le kourtka, les officiers portent les brandebourgs d’or en grande tenue, noirs en petite tenue. Chaque régiment garde ou reçoit ses propres couleurs.
Voilà comment cette réforme de notre cavalerie nationale en 1863 s’est répercutée dans le Tour de la Madeleine avec la formation, quatre ans plus tard, d’un escadron de lanciers portant les couleurs du 4e Régiment.
Fondés à une époque où les souvenirs se transmettaient oralement, les Lanciers n’ont pas d’archives; seules de rares photos d’avant guerre montrent le groupe au château Francq. Il faut donc consulter les journaux pour apprendre que les Lanciers ont toujours participé au Tour de la Madeleine depuis leur fondation. Ils sont en effet cités dans tous les comptes rendus de la presse régionale ; on trouve le plus ancien dans Le Progrès de Charleroi du 16 juillet 1872, l’article se présente sous la forme d’une annonce des festivités dans laquelle les Lanciers figurent aux côtés d’autres sociétés telles que hussards, cuirassiers, chasseurs, zouaves et fantassins français.
Les Lanciers escortent le drapeau de la société de Sainte-Marie-Madeleine depuis leur fondation en 1867. En 1927 seulement, ils n’eurent pas cet honneur à la suite d’un différend entre la famille Voland et la famille Launoy ; celui-ci allait entraîner la scission de la société et la formation d’un second escadron de Lanciers de la Quairelle.
Jusqu’en 1927 également, la société est désignée, selon les années, sous l’appellation de « Lanciers de Heigne » ou « Lanciers ». Depuis 1928, la seule dénomination de « Lanciers de Heigne » apparaît dans les ordres de marche.
Jusqu’en 1946 aussi, l’ordre de marche du Tour attribuait un numéro distinct au drapeau et aux Lanciers. Depuis 1947, les Lanciers accompagnent directement le drapeau. L’appellation est immuablement fixée depuis 1958 sous le vocable de « Lanciers de Heigne - Gardes du drapeau de Sainte-Marie-Madeleine ».
Le 7 février 1967, un brevet émanant du Palais de Bruxelles élève la société au titre de Société royale.
L’absence d’archives n’a pas empêché de conserver les noms de Madeleineux illustres restés fidèles aux Lanciers de Heigne pendant de très nombreuses années:
- Jules Francq, Henry Tournay et Octave Dandoy cités en 1887 dans le plus ancien état nominatif connu de la société furent respectivement Maréchal, Général et Commandant en Chef dans l’Etat-Major du Tour.
- Walter Voland (père), décédé fin août 1945, a fait le Tour pendant 63 ans, d’abord dans les Zouaves Pontificaux et les Jockeys de Roux avant d’entrer aux Lanciers de Heigne dont il fut porte-drapeau pendant 45 ans.
- Walter Voland (fils), né en 1892, est entré aux Lanciers en 1910. Il fut président de 1928 à 1952, année de son décès.
- Emile et Clément Wéry, deux frères : Emile était déjà Commandant en 1929, il le restera jusqu’en 1947 l’année de son décès; Clément était porte-drapeau en 1951 avant d’être Commandant de 1955 à 1991.
- Aimable Hembise est déjà sur une photo de 1929 comme trompette avant d’être Commandant de 1948 à 1954.
- Eugène Folie, entré en 1937, a passé 54 ans aux Lanciers. Avec son frère Jean-Marie, ils sont les aînés d’une famille jumétoise dont deux générations successives comptent plus d’un demi-siècle de présence dans la société, avec d’une part Jean-Claude, l’actuel Commandant, Raymond qui fut Porte-drapeau, Marie-Madeleine la première cantinière et Pol Folie, les fils et fille d’Eugène, et d’autre part Pascal et Dominique Folie, les fils de Jean-Marie, qui ont servi comme trompettes.

Présidents et Commandants
Présidents
La fonction de Commandant des Lanciers a toujours prévalu sur celle de président. Cette dernière n’apparaît d’ailleurs qu’après la scission de la société et la désignation de Walter Voland (fils) en 1928 comme le premier président des Lanciers; il le restera jusqu’en 1952.
Aimable Hembise et Clément Wéry ont assumé la double fonction pendant toutes les années où ils ont été commandants de la société. Depuis 1992, les fonctions sont distinctes avec successivement:
- Fernand Cheruy de 1992 à 2001
- Léon Lysiak de 2002 à 2004
- Stéphan Cromheecke depuis 2005
Commandants
La mémoire collective a gardé toute la généalogie des Commandants des Lanciers de Heigne avec dans l’ordre:
- Michel Tricot
- Jules Francq
- Emile Soupart
- Emile Wéry, déjà en 1929 jusqu’en 1947
- Aimable Hembise de1948 à 1954
- Clément Wéry de 1955 à 1991
- Jean-Claude Folie depuis 1992
L’uniforme
Les Lanciers de Heigne portent la tenue du 4ème Régiment des Lanciers de l’armée belge; signe distinctif du régiment représenté : le bleu de la plaque du schapska, du collet et des parements des manches du dolman.
Les trois pièces principales de l’uniforme sont le schapska, le dolman bleu garni de six brandebourgs et le pantalon cavalier avec un double galon à la couture.
La couleur des galon, de la soutache et du cordon du schapska, des brandebourgs du dolman et du double galon du pantalon varient en fonction des grades. Les officiers et sous-officier portent les signes distinctifs de leur grade aux manches: 3 trèfles dorés pour le commandant, 2 pour le Lieutenant Porte-drapeau et 1 galon en V retourné pour le 1er Maréchal des logis.
Le sabre de cavalerie et la lance authentique modèle 1822 chez le sous-officier et la troupe constituent l’armement des Lanciers.

Le drapeau
Le drapeau escorté par les Lanciers de Heigne depuis 140 ans a lui aussi sa propre histoire.
Celui de la fondation en 1867 a fait le Tour jusqu’en 1954. En 1955 et 1956, les Lanciers firent le Tour avec un simple drapeau belge à la suite d’un différend avec Aimable Hembise qui avait quitté la société. L’action judiciaire intentée contraignit la restitution du drapeau à la chapelle de Heigne.
En 1957, une soumission permit de remplacer le drapeau originel trop vétuste. Le nouvel emblème accompagna les Lanciers jusqu’en 1966.
En 1967, d’importantes manifestations célébrèrent le 100ème anniversaire du drapeau de la Société de Sainte-Marie-Madeleine. Ce fut d’abord le « Bal du Centenaire » organisé le 29 avril avant la bénédiction du nouvel emblème le 21 mai. Le Comité pour la protection du Folklore Jumétois remit au Général de la Madeleine Louis Lambert un nouveau drapeau. Escorté par Monsieur René Vanham et Madame Deterville, ses parrain et marraine, l’Etat-Major, les Amis de la Madeleine et des représentants de chaque société, le drapeau fut béni au cours d’un office religieux célébré à la chapelle de Heigne avant d’être confié solennellement aux Lanciers de Heigne. Une réception officielle s’en suivit à l’Administration communale avant le dépôt de fleurs au monument des victimes des deux guerres à la rue de la Station.
Le drapeau aux couleurs belges est surmonté à la hampe de la statue de Sainte-Marie-Madeleine et porte l’inscription « Société de Sainte-Marie-Madeleine - Jumet - 1867-1967 ».
Porte-drapeaux
On connaît aussi tous les officiers qui depuis 1867 ont été les Porte-drapeaux en titre de Sainte-Marie-Madeleine:
- Les frères Tricot
- Alphonse Dumont
- Walter Voland (père)
- Alphonse Wéry
- Clément Wéry
- Maurice Hersoux de 1955 à 1980
- Raymond Folie de 1981 à 1988
- Jean-Claude folie en 1989 et 1990
- Jean-Marie Goossens de1991 à 1996
- Raymond Folie de 1997 à 2004
- Stéphan Cromheecke depuis 2005

Musique – Les trompettes
La trompette de cavalerie est depuis toujours l’instrument musical attaché aux régiments à cheval. Le premier trompette des Lanciers fut probablement Aimable Hembise que l’on voit sur la photo de 1929. C’est pourtant avec l’arrivée d’Eugène Folie (il sera plus tard musicien à la Musique Royale des Guides) que le corps de trompettes va s’étoffer avec son frère Jean-Marie et Camille Keppens dans les années d’après-guerre. André Buyse, Jean-Claude Folie, Willy Trogh et Yves Larmuseau formeront la deuxième génération du corps des trompettes, avant la venue de Pascal et Dominique Folie et de Serge Parisi.
Aujourd’hui, Fabrice Payen, Jerôme Van Assche et Laurent Moyart forment le corps des trompettes des Lanciers..
Une vingtaine de marches de cavalerie et sonneries de trompettes sont au répertoire.
Une sonnerie « Sainte-Marie-Madeleine » composée par Eugène Folie est jouée traditionnellement lors du passage des Lanciers à l’Offrande, après la Messe militaire du lundi.
Depuis peu, la sonnerie « L’ extinction des feux » clôture la dernière vénération des Reliques de Sainte-Marie-Madeleine dans la chapelle de Heigne, le jeudi de la Retraite aux Flambeaux.
Toutes les autres interprétations figurent au répertoire des grandes marches et sonneries de la cavalerie de l’armée belge et française.
Une composition récente de Frédéric Moyart, musicien dans la Garde Républicaine, s’intitule « Hommage à la Garde », elle est écrite spécialement pour les trompettes des Lanciers.
Rôle et Traditions
L’ancienneté des Lanciers de Heigne leur confère un rôle prépondérant dans l’organisation même de la Madeleine; d’abord pendant le Tour le dimanche où ils escortent le Général pour les cérémonies d’hommage aux monuments aux morts à Gosselies et aux victimes du bombardement de Heigne en 1944, ils accompagnent également le Général pour rendre les honneurs devant les autorités civiles venues assister à la rentrée du Tour de la Madeleine.
Ensuite, le lundi de la Madeleine où la tradition attribue aux Lanciers de Heigne le service d’ordre et d’honneur autour du kiosque pendant la Remise des Médailles. L’ordre de présentation des sociétés mentionne explicitement: Il est formellement rappelé que les Lanciers de Heigne, Gardes du drapeau de Sainte-Marie-Madeleine, assurent avec les Commandants de l’Etat-Major, le service d’ordre autour du kiosque pendant toute la Remise des Médailles.
C’est enfin autour du drapeau de Sainte-Marie-Madeleine que les dernières sociétés appelées sur le kiosque pour recevoir leurs médailles exécutent la « Danse des sabres » en toute fin de cérémonie.
Anecdote
En marge des rites officiels de la Madeleine auxquels les Lanciers accordent une priorité absolue, il existe des « faits d’armes »qui ont contribué à la « notoriété » de certains Lanciers: en une année indéterminée d’avant guerre, Jules Francq qui était alors Général de la Madeleine avait décidé d’accorder une prime au Madeleineux le dernier rentré à Jumet. C’est un Lancier, Emile Wéry, qui la gagna. Il se présenta au château Francq ........le mercredi après-midi, sans chaussures (probablement usées tellement il avait marché)!
Les Lanciers de Heigne aujourd’hui
La société compte aujourd’hui un effectif de 14 hommes et 2 cantinières. L’article 3 des statuts précise que: "pour être admis au sein de la société, le parrainage d’un membre est exigé, celui-ci garantissant l’honorabilité du candidat".
Son Comité administratif se compose de:
- Stéphan Cromheecke - Président
- Jérôme Van Assche- - Secrétaire
- Anäis Goossens - Trésorière
- Fabrice Payen - Trésorier-adjoint
Son cadre militaire est hiérarchisé comme suit:
- Jean-Claude Folie - Commandant
- Stéphan Cromheecke - Lieutenant Porte-drapeau
- Jean-Marie Berger - 1er Maréchal des logis
- Fabrice Payen - Chef trompette
- François Payen, Jean-Baptiste Payen, Daniel Godefroid, Grégory Devylder, Julien Verbayst, Léon Lysiak, Philippe Macaigne et Grégory Lejeune, pour la troupe.
- Anaïs et Amélie Goosens, cantinières.
- Jérôme Van Assche et Laurent Moyart, trompettes
Au nom de notre Bourgmestre Léon Casaert, du Collège communal de notre Ville et de toutes les personnalités présentes, je vous adresse toutes mes félicitations pour cet anniversaire qui vous honore toutes et tous.
Notre Ville de Charleroi est fière de compter dans ses murs votre belle Société qui représente si bien le cœur de Jumet et celui de la Madeleine en particulier.
Mesdemoiselles les cantinières, Messieurs les Officiers, Sous-Officiers, Membres et Trompettes des Lanciers de Heigne, merci pour votre souci de perpétuer la tradition jumétoise.
Toute la Madeleine vous fixe rendez-vous pendant longtemps encore à l’aube de chaque dimanche le plus proche du 22 juillet au départ du Tour.
Vive la Madeleine! Vive Les Lanciers de Heigne!"